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Benjamin Biolay, passe son Grand Prix à la vitesse supérieure.

11 Sep

Controversé Benjamin Biolay, 47 ans, déchaîne les passions. Cela tient à sa personnalité plus qu’à son travail. Cet électron libre issu de la classe ouvrière lyonnaise, très  doué pour la musique, a claqué jeune la porte de ses parents pour monter à Paris.

Il se traînera longtemps une image de dandy intello incompris et hautain et se verra durablement associé à la nouvelle vague de la chanson française. Ce statut se renforcera à la faveur de son duo avec la chanteuse Keren Ann avec lequel il triomphera dans l’album interprété par Henri Salvador, Chambre avec vue (nouvelle fenêtre).  Son mode de vie attire l’attention médiatique, ainsi que son œuvre personnelle, il recevra un accueil positif pour l’émouvante pop aux relents jazzy de son premier album Rose Kennedy et les enluminures folk de son successeur Négatif (nouvelle fenêtre) qui proposera un angle plus douloureusement introspectif, Puis A l’origine , à la mélancolie sourde, hymne manifeste à un certain Serge Gainsbourg, son propre refrain « Qu’est-ce que ça peut foutre / Qu’est-ce que ça peut faire (nouvelle fenêtre) » 

Paradoxalement, le brutal renvoi de sa maison de disques d’alors le fera entrer dans une fièvre créatrice, qui se retranscrira  fin 2009 sur le majestueux double album La Superbe (nouvelle fenêtre), qui réussira l’exploit de remettre Benjamin Biolay en selle sur les plans critiques comme commerciaux.

Ainsi, en vingt-deux chansons aériennes, balayant un spectre sonore phénoménal alternant confessions et fulgurances rock, entre arrangements de cordes efficaces et rythmiques variées cet opus salvateur s’écoulera à plus de deux cent mille exemplaires et vaudra début 2010 à son auteur une prestigieuse Victoire de la Musique en tant qu’Artiste Interprète Masculin de l’année. Belle façon pour lui de clôre le chapitre d’une première décennie d’activité mouvementée, avant d’entamer la suivante sous de meilleurs auspices.

pochette biolay grand prix

C’est dans un contexte national particulier que paraît Grand prix (nouvelle fenêtre), neuvième album en son seul nom, qui jette une lumière nouvelle sur son approche intimiste. Tout le  monde ayant eu dans un coin de son oreille l’un de ses titres radiophoniques-phares à la fin du confinement (qui a aussi plus de 1,6 million de vues sur YouTube) Comment est ta peine ? (nouvelle fenêtre) Cet album nourri d’une fascination d’enfance de l’artiste pour la formule 1, marque son retour trois ans après Volver (nouvelle fenêtre), deuxième volet de ses aventures argentines. Le premier étant  Palermo Hollywood (nouvelle fenêtre)  à la production savamment élaborée et à la spontanéité chaleureuse des musiques latino-américaines. Un retour dans le circuit qu’il ne faut surtout pas manquer.

L’on y retrouve les errements sentimentaux de son auteur,  motivés par une rupture ou la crainte de la mort. Scandés non plus par la voix murmurée de ses premiers albums, mais une voix plus touchante et plus affirmée, rocailleuse qui ajoute à son charme le rendant plus convaincant. Il nous offre un album charnu et généreux qui impressionne par sa musicalité souple. Plus rock qu’à l’accoutumée, réminiscence de la pop anglaise qui a rythmé son adolescence. Alors qu’il écoutait les Smiths ou les Happy Mondays.

Le concept album autour de la course automobile, Grand prix  (nouvelle fenêtre) dresse un parallèle entre les vies des pilotes et celle du chanteur. Comme eux, Benjamin Biolay a sacrifié sa vie à son art. Perte de l’être aimé, affres de la paternité, mélancolie tenace face au temps qui passe lui ont soufflé ses plus belles chansons à ce jour. Par exemple Ma route, à la tonalité très autobiographique.

benjamin-biolay-f1

Il est accompagné sur scène par le multi-instrumentiste Pierre Jaconelli, fidèle complice de longue date et coréalisateur du disque, et parvient à sublimer la diversité déjà à l’œuvre sur ses précédents albums tout en approfondissant encore d’un cran sa quête d’éclectisme . Il apporte une incroyable diversité à son œuvre en passant d’un hommage à Charles Trenet (nouvelle fenêtre), avec la chanson du faussaire,  aux relents latinos comme on l’a vu précédemment, et aux sonorités du cloud rap dans hypertranquille, à la pop française dans Souviens-Toi L’Été Dernier, qui scelle ses retrouvailles avec Keren Ann sur un groove ouaté et contagieux avant que l’album ne s’achève sur la rêverie nostalgique qui nimbe Interlagos (Saudade), en forme d’émouvant bilan mesurant le nombre comme la valeur des années passées.

La pop anglaise (encore elle) moderne, simultanément sensible et remuante, notamment sur Prenons Le Large (nouvelle fenêtre) ou la basse follement expressive de Marlène Déconne (nouvelle fenêtre), rien ne nous avait franchement préparés à la claque assénée par le monumental Papillon Noir, dont l’introduction sidérante semble bien être la digne héritière de celle du Regret des légendaires New Order, plaquant ses guitares sur un motif synthétique hypnotique et obsédant.

Si Benjamin Biolay dédie ce disque au Brésilien Ayrton Senna, ainsi qu’aux Français Anthoine Hubert et Jules Bianchi, trois pilotes tragiquement décédés en ayant tout sacrifiés à leurs rêves, c’est moins par volonté de tracer un parallèle entre son statut personnel d’artiste et le leur, que pour se donner l’occasion de mesurer la valeur d’une existence tournée vers une passion si dévorante qu’elle hypothèque cruellement tout le reste.

Pour en savoir davantage au sujet de l’artiste, je vous conseille fortement d’écouter le podcast le Gôut de M proposé par M le magazine du Monde (nouvelle fenêtre) qui lui est consacré et qui s’intitule Penser à l’héritage que l’on va laisser est le meilleur moyen de rater sa vie.

Et si vous voulez l’entendre en live, il débute une tournée dans toute la France du 21 octobre 2020 au 12 octobre 2021.

Retrouvez Benjamin Biolay à l’espace Image et Son ainsi que sur le site de La Médiathèque de Levallois (nouvelle fenêtre).

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