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La chanson du lundi : The First Disciple / Tamino

23 Mai

Le chanteur et musicien belgo-égyptien Tamino − de son vrai nom Tamino-Amir Moharam Fouad − sortait en 2018 un très bel album, Amir (nouvelle fenêtre), où l’on pouvait reconnaître toutes ses influences, de son Égypte natale à l’Europe qui, elle, l’a vu naître en tant qu’artiste. Il fait aujourd’hui un retour très maîtrisé et nous envoûte durant six minutes avec un titre, The First Disciple, annonçant son deuxième disque.

Son premier album révélait un musicien qui, malgré son jeune âge, semblait pleinement formé et confiant dans son art, et délivrait un disque d’une grande profondeur, à l’ambiance feutrée, orchestré de manière exquise et livré avec l’assurance de sa voix captivante.

Le succès critique en guise d’accomplissement, Tamino signe donc son grand retour avec The First Disciple, où le passé, le présent et l’avenir s’entremêlent dans un entrepôt abandonné de la banlieue d’Anvers. Sur ce nouveau morceau, l’artiste a travaillé avec les producteurs belges PJ Maertens et Jo Francken, et s’est également entouré pour l’occasion de son collaborateur et ami de longue date Colin Greenwood (Radiohead), à la basse, et Ruben Vanhoutte à la batterie. Il s’empare quant à lui, du oud familial (nouvelle fenêtre) pour nous livrer un nouvel aperçu de la fragilité intense et émotionnelle qui guide son art.

Son titre est à écouter sur musicMe via La Médiathèque en ligne (nouvelle fenêtre)

Un retour fascinant pour un artiste qui l’est tout autant, et qui ajoute avec The First Disciple une nouvelle pierre au voyage entamé il y a quelques années. “You won’t remember me” chante t-il ici, voilà qui serait étonnant 😉

On vous laisse en profiter !

La chanson du lundi : Blame / Gabriels

11 Avr

Si vous étiez passé à côté de Gabriels, cette formation à l’univers envoûtant, au son sensuel autant que spirituel, nous vous offrons ici une petite session de rattrapage musical avec leur délicieux titre “Blame”. 

Ce trio américain né en 2016 à Los Angeles est porté par la voix bluffante de Jacob Lusk, chanteur de Gospel émérite passé par l’émission American Idol (La Nouvelle Star française) en 2010 et directeur de chorale accompli qui a notamment travaillé avec Diana Ross et Beck. Le réalisateur Ryan Hope et le compositeur de musique de film Ari Balouzian, sont les artisans du son si particulier, faite de mélodies et d’arrangements somptueux, de ce groupe qui mêlent soul, gospel et pop moderne.

Après un premier EP sorti il y a deux ans, Love And Hate In A Different Time, Gabriels nous enchante de nouveau avec le second, Bloodline, fin 2021.

Pochette de l’EP Bloodline

Second titre de cet EP qui en compte quatre, l’élégant et gracieux “Blame” se place dans la continuité musicale entamée par Gabriels, permettant au groupe de construire un peu plus son identité sur des fondations déjà bien solides. Explorant le passé tout en gardant un pied dans l’avenir, les sensibilités soul et R&B vintage se mêlent aux espaces les plus chaleureux de la musique électronique ainsi qu’aux expérimentations de la pop alternative contemporaine. « Blame” est un morceau qui s’offre comme un véritable écrin pour la voix sensible et délicate de Jacob Lusk et accentue les qualités cinématographiques de la production de Hope et Balouzian. Dans la lignée des grands artistes soul du passé comme Nina Simone et Marvin Gaye, les membres de Gabriels, ambitieux et perfectionnistes, font en sorte d’intégrer du sens à leur musique, lui donnant une dimension encore plus humaine et mettant en premier plan le respect le plus pur qu’ils entretiennent pour leur art.

Voici la chanson, interprétée en live dans les loges de l’émission Taratata sur France 2 :

L’une des pépites du groupe, à écouter quand vous le souhaitez sur musicMe, à partir de La Médiathèque en ligne (nouvelle fenêtre)

L’italien qui enchante notre été : Andrea Lazlo de Simone

25 Juin

La langue italienne est un langage absolument musical, mais les préjugés sont encore nombreux lorsque l’on évoque la musique pop transalpine :

« Quand on dit pop italienne, vient souvent à l’oreille une série de clichés liés aux tubes des années 80, des voix de mâles éraillées qui chantent “Je t’aime” ou “Pourquoi m’as-tu quitté ?” ou les deux à la fois. A ce titre, Andrea Lazlo de Simone vient d’une autre galaxie, celle de la pop italienne des années 60 et 70, avec ses symphonies de poche, avec sa voix d’alcôve, avec sa poésie (…) » Rebecca Manzoni, « Pop & Co » dans le 7/9 sur France Inter

Fils d’un photographe cinéphile et d’une professeure d’Italien originaires du Sud de l’Italie, c’est à Turin qu’Andrea Lazlo de Simone découvre véritablement la musique grâce à son frère aîné, musicien lui aussi. En 2006, il fait ses premières armes au sein du groupe de rock alternatif, Nadàr Solo, en tant que batteur. La formation se taille un succès local, même si l’indie rock du trio n’a rien de foncièrement original. Andrea ne se sent pas légitime en tant que musicien, c’est uniquement grâce à l’acharnement d’une poignée d’amis qu’il se décide enfin à partager sa musique avec le monde. Il arrive en France déjà entouré d’une légende : musicien autodidacte, il joue de tous les instruments et n’aurait jamais acheté un seul disque de sa vie. C’est donc instinctivement qu’il passerait de la modestie du folk au slow et à la pop orchestrale.

Je n’ai pas d’influence précise, car je n’achète pas d’albums, et je n’ai d’ailleurs pas une grande connaissance de la culture musicale en général. Peut-être qu’inconsciemment je fus avant tout influencé par l’atmosphère du cinéma. Quand j’étais enfant, mes parents m’ont fait découvrir les grands classiques du cinéma néoréaliste italien et français. Une grande partie de mon imaginaire vient probablement de là.

C’est en 2012 avec Ecce Homo, premier disque autoproduit, que le Turinois dévoile sa capacité unique à créer de somptueux arrangements lyriques et inventifs. Suit Uomo Donna, son magnifique album de pop irréelle et intemporelle sorti en 2017, sur lequel il installe des paysages qui doivent autant à la pop qu’au psychédélisme, aux années 60 comme à la musique classique. On imaginait alors aisément un être fantasque, une espèce de Frank Zappa (nouvelle fenêtre) transalpin 2.0. Il y a alors chez lui ce quelque chose d’immédiatement italien, ce lyrisme porté comme un costume blanc, cette dimension boursouflée qui paraîtrait ridicule et dérisoire chez d’autres mais qui le rapproche du meilleur de Christophe (nouvelle fenêtre) ou Sébastien Tellier (nouvelle fenêtre). Comme les deux cités, Andrea Laszlo De Simone s’amuse de nous, joue avec la désuétude et prend plaisir à rester sur le fil du rasoir : jamais loin du mauvais goût et jamais dénué d’élégance.

Andrea Lazlo de Simone
Crédit : Elene Ratjeri

Son dernier EP sorti l’an passé, Immensità (Ekleroshock & Hamburger Records/Caroline – nouvelle fenêtre), est un projet court de quatre titres seulement et s’écoute intégralement comme un seul et unique morceau.

Immensità donc, contre-intuitivement, n’est pas infini : vingt minutes au compteur. Cependant, ce que l’album ne prend pas en temps, il le prend en espace : même au casque, il éblouit par son étendue. Vertigineux dans sa construction et appuyé par un orchestre symphonique, Immensità est monumental, dense et compact. Vingt minutes de Laszlo de Simone, c’est, ici, une planète. C’est bien assez pour être profondément marqué par la beauté, l’ambition et l’humanité de cette poignée de morceaux,  singuliers et captivants, entonnés avec l’assurance tranquille du poète. De ces titres amples et inventifs à chaque instant, se dégage une étrangeté limpide. Ajoutez-y une volonté à raconter une histoire qui se vit indépendamment des mots, un concept qui s’écoule de titre en titre à travers les sons. Une histoire qui a à voir avec les limites et les contingences d’une existence, les étoiles qui continueront de briller longtemps après que nous soyons partis.

Immensità trace son propre itinéraire, dérivant au travers de délicats arrangements de cordes − enregistrées au Conservatoire de Paris, sous la direction de Frédéric Soulard −, de nappes de synthés en apesanteur et de chœurs lumineux. Sa musique nous ramène naturellement à cette avant-garde classieuse de la pop italienne seventies, notamment aux immenses Franco Battiato (nouvelle fenêtre) et Lucio Battisti (nouvelle fenêtre). Il partage avec ce dernier une désinvolture charmante, cette manière de tenir l’équilibre sur la mince ligne qui sépare le grandiose du ridicule, cette façon d’être moderne et à contre-courant tout à la fois.

Immensità, en ouverture, installe une scène désuète, une piste de danse à côté d’un lac un soir d’été. Une mélodie vaguement sixties parasitée par une progression d’accords mouvante. La Nostra Fine reste dans une mélancolie seventies mais emprunte cette fois-ci à une Soul blanche qui s’interroge sur les après, les grandes questions, les incertitudes. Mistero est peut-être le titre le plus versatile du disque, démarrant comme un lent décollage cosmique dans des bruits galactiques et post-modernes pour ensuite se décliner en une lente progression répétitive qui enfle toujours plus pour atteindre des espaces hallucinés et s’évaporer en une formule délicate de piano et de dérives enfantines. 

Et puis Andrea Laszlo De Simone se plaît également à nous perdre de rupture en rupture, de volte-face en volte-face. Cette odyssée musicale qu’est Conchiglie en conclusion de cet EP en est le meilleur exemple. On sait l’italien intéressé également par le travail sur l’image : Conchiglie, c’est un peu comme une suite d’instants de vie en accéléré, un torrent discontinu d’impressions dont on ne comprend pas tout de suite toute la cohérence. Commençant comme une chanson Pop, Conchiglie ne choisit jamais son camp, malaxe nos nerfs dans ses gants de velours avec cette chute qui renvoie au Bolero de Ravel mais aussi qui se finit dans un grand silence presque pesant, un long blanc avant l’arrêt. En signant ces symphonies de poche, merveilles de sincérité et d’émotion, Andrea Laszlo de Simone livre un grand disque.

« Ce sont des chansons qui naissent comme une consolation, comme une clef pour construire une lutte. Immensità, c’est un regard enchanté sur la réalité.”

Inspiré par la paternité, son titre sorti l’an passé, “Dal giorno in cui sei nato tu” (“Depuis que tu es né”- nouvelle fenêtre), dit beaucoup de son auteur :

« C’est ma véritable déclaration d’amour paternel. Le clip de la chanson a été tourné en Super-8 avec mon fils Martino. Par la suite, nous avons décidé ensemble de dédier le tout à l’arrivée de ma fille, Lucia. Ma famille n’est pas ma source d’inspiration musicale, c’est ma source vitale. Ce qui me permet d’être un homme adulte, responsable. La musique par rapport à tout ça, n’est rien.« 

Le 31 décembre 2020, Andrea Laszlo De Simone livrait la bande son d’un site éphémère affichant de manière aléatoire le direct de webcams disséminées sur la surface de la Terre. Au seuil de la nouvelle année, Vivo2021, donnait à voir des fragments du monde que nous partageons :  une voiture quittant une station service du Wyoming, un carrousel tournant sur la place désertée d’un village ligure, des morses se prélassant sur un rocher en Colombie britannique, ou encore un train fendant un champ de bananiers quelque part en été…

Le morceau, composé pour l’occasion, s’intitule Vivo (nouvelle fenêtre). Et s’il s’écoute aujourd’hui sur toutes les plateformes, ce n’est, pour son auteur, ni un single ni une expérimentation musicale, mais plutôt un état d’âme.

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